Vive la Vie, une danse qui respire

Ils ne sont pas nombreux sur scène, pourtant on sent que leurs gestes emportent. Ils dansent; ils chantent. C’est un chant qui vibre; c’est une danse qui respire.

affiche du spectacle

On retient d’abord le côté lyrique de ce spectacle, une cantatrice mène cette mélodie rituelle presque religieuse. Cette voix féminine qui semble nous venir de loin, qui est puissante, qui témoigne, qui semble prédire aussi. Il s’agit pourant d’une composition originale d’André Pignat et Johanna Rittiner Sermier (André et également le metteur en scène). Le religieux européen mélangé d’électricité et folklorique orientale, on en distincte plus l’époque ni la culture d’origine. La musique est intemporelle et universelle, comme le sujet de la pièce.

Et bien de quoi parle-t-on sur cette musique ? Vous serez étonné : de l’électricité, du développement industriel et technologique, et encore, du sens de la quête de progrès, des différences de mentalité entre les générations, de l’introspection de l’espèce humaine. Et de l’utopie.

Aucune utopie n’est atteinte.

— André Pignat

Dans cette pièce, le texte se fait rare, et il sera entièrement surtitré à Paris pour nos amis non francophones. L’intrigue se résume en deux phrases.

  1. Quatre générations de fils veulent suivre le progrès, et quatre générations de pères croient à la tradition.
  2. 2. En seulement une centaine d’années, l’humain se remet déjà en question sur le choix de mode de vie.

Les dialogues parlants prennent place secondaire, et ne sont que là (selon le ressenti du Fauteuil) pour donner le cadre. On retient deux propos qui font réfléchir. D’abord, le père regrette que ses travaux soient noyés par la nouvelle construction de la jeune génération et “Qui te dit que ton effort ne sera pas noyé par les générations suivantes ?”. Et puis, le moment de grand silence dans ce spectacle, un comédien interprète seul un dialogue téléphonique entre un père immuable et un fils en plein doute. Le fils, c’est notre génération, celle qui n’a pas connu la terre et qui la croire solution de tous les problèmes actuels.

L’oeuvre ne sous-entend pas qu’il faut retourner à la terre, du moins selon ce qui le Fauteuil a compris. Cette musique intemporelle et universelle est en quelque sorte le point de vue de son créateur : l’humain cherche l’utopie, et il ne l’atteint jamais, et la solution ultime n’existe pas. Chaque génération détruit l’effort de ses ancêtres, avec des efforts qui seront détruits par les générations qui viennent. Le sens de la vie n’est peut-être pas de laisser une trace, mais de suivre la vague avec plein de passion.

Au sujet de la passion, on en trouve dans la chorégraphie. La danse dans cette pièce, comme la musique, est omniprésente. Au contraire de la musique qui témoigne, la danse ici participe. Le côté jeu parlant n’étant pas principal, c’est la danse qui visualise l’interaction entre les personnages. La chorégraphe Géraldine Lonfat a su utiliser des gestes simples : personne ne lève sa jambe au-dessus de son oreille ni saute 3 mètres de haut. Mais ensemble, ces danseurs et danseuses (chanteurs et chanteuses en même temps parfois) nous font entendre la respiration de la troupe, et de la foule, de la génération qu’ils représentent aux différents moments du spectacle. Leurs gestes sont comme suivre les mouvements des particules dans la salle. Nous spectateurs, pouvons presque voir l’invisible. Pour parler d’énergie, il faut en avoir. Ces 8 personnes sur scène nous ont fait un portrait des milliers.

révérence de la générale de presse du 20 janvier © le Fauteuil paresseux

Pas étonnant que la pièce ait tourné partout dans le monde et souvent dans des pays où la langue et la culture sont très loins de sa Suisse natale. Oui, l’équipe vient, pour citer le metteur en scène “d’une toute petite région”. L’énergie des interprètes est au taquet, aussi bien que la lucidité du message. Après la Tunisie, la Chine, le Maroc, la Roumanie et l’Égypte et l’Italie, la pièce a remporté 3 principaux prix au Festival International liberal Theater d’Amman en Jordanie !

Ils sont maintenant à Paris, au Théâtre Gaîté Montparnasse, et ceci jusqu’à fin mars. C’est tout public, même accessible aux non francophones donc foncez-y !

Sur scène
La voix lointaine qui témoigne : Florence Alayrac ou Fabrice di Falco (en alternance)
Les gestes qui respirent : Géraldine Lonfat, Sara Dotta, Anaïs Gribaldi, Daphné Rhea Pellissier, Thomas Laubacher, Joseph Viatte et en alternance : Paul Patin ou Xavier Louera

En coulisse
Mise en scène : André Pignat
Chorégraphie: Géraldine Lonfat
Composition: André Pignat, Johanna Rittiner Sermier
Texte: Thomas Laubacher

Pour la résa, c’est ici
https://www.billetreduc.com/253876/evt.htm

Pour une rencontre préméditée , lefauteuilparesseux@gmail.com

Pour une rencontre préméditée , lefauteuilparesseux@gmail.com